La vie bascule souvent au gré d’une rencontre. Celle de Ian Gallienne a basculé le jour où il a rencontré en 2002, Ségolène Frère, la fille d’Albert Frère, le patron emblématique du holding belge GBL. De cette rencontre, Ian Gallienne, nous en dira le minimum. Ils ont fait connaissance “chez un ami commun”.

Quand ils se voient la première fois, Ian Gallienne a 31 ans et un parcours professionnel bien rempli derrière lui. Né d’un père français qui a toujours été“dans les affaires et dans l’industrie” et d’une mère espagnole, il a, lui aussi, le goût des affaires, plus que celui des études. Alors qu’il a 21 ans, il quitte Paris pour aller en Espagne pour y faire fabriquer des “pin’s”. Pourquoi des pin’s ? “Ca se vendait très bien à Roland Garros. Ce qui marche en France, marche ailleurs aussi”. Voilà donc les pin’s made in Spain qui seront notamment vendus aux JO de Barcelone. “On s’est amusés pendant quelques années. C’est un business qui a très bien fonctionné”. Et puis un jour, il a “envie de faire autre chose”. Il décide de céder ses parts à son associé et de revenir en France.

Où il rejoint une société de conseil spécialisée dans le redressement de sociétés en difficulté. “C’était un métier intéressant, mais cela se passait beaucoup dans les tribunaux de commerce”.Nouveau changement de cap fin 1997 quand il part à New York pour faire du “private equity”. Ce métier offre un“bon mix entre la finance et l’industrie”. Pendant trois ans, il vit “à un rythme effréné”. Les journées de travail qui se prolongent tard dans la soirée permettent de sélectionner ceux qui ne craquent pas. Il y voit un filtre, plus qu’une compétition entre collègues. En ce matin d’avril, il a d’ailleurs le look du golden boy branché, portant la cravatte mais pas la veste, avec une touche cool apportée par les colichets colorés au poignet.

Il tient le coup trois ans. “J’étais très motivé”. Jusqu’au moment où il veut faire un break car il se sent “proche du burn out”. ll marque donc une pause, en allant étudier à l’Insead.“C’était une année formidable qui m’a permis de recharger les batteries”. Il y complète aussi son carnet d’adresses.

Après cette parenthèse, il retourne au métier de private equity. Jusqu’en 2005, il travaille pour Rhône Capital, un fonds américain.

Ces années permettront aussi à Albert Frère d’observer celui qui deviendra son gendre, de prendre ses informations comme il a l’habitude de le faire. Il téléphone à Antoine Bernheim, le patron emblématique de la banque d’affaires Lazard. Celui qui avait la réputation d’être le “parrain” de la finance française fait un commentaire qui rassure le baron de Gerpinnes : “Rhône Capital ? Je les adore, a lâché Antoine Berheim”, raconte Ian Gallienne. “Cela a beaucoup aidé tout comme le fait d’avoir étudié à l’Insead”.

Le jeune Parisien, très à l’aise dans le monde doré du business, a visiblement un style qui plaît à son futur beau-père. “Nous avions une relation assez particulière. Assez vite, nous avons eu à l’esprit que nous allions faire quelque chose ensemble”, explique Ian Gallienne. Comme Albert Frère, il aime jongler avec les milliards. C’est son adrénaline. Il le dit sans hésiter, il ne tremble pas quand il faut placer beaucoup d’argent dans une entreprise. “Investir, c’est prendre des risques. On fera bien sûr le plus possible pour limiter ces risques. Mais il y a aussi toujours une part de chance”.

En 2005, Albert Frère fait rentrer Ian Gallienne chez GBL par la voie du private equity. Le fonds est baptisé Ergon.“Albert Frère était prêt à y investir 51 %. Mais je préférais trouver la moitié du capital. Cela se fera via une filiale d’ING spécialisée dans le private equity”, raconte Ian Gallienne.

Le voilà donc à l’oeuvre dans le premier holding belge, une des valeurs du BEL20 qui, à l’époque, est surtout investie dans des valeurs françaises (Engie, Total, Pernod Ricard etc). Une place au sommet l’attend. Mais il doit faire attention à ne pas faire de faux pas. Il sera mis sous surveillance.

“En 2012, Albert Frère vient me chercher. Il m’explique que je dois imaginer la GBL de demain”, raconte-t-il. L’homme d’affaires belge va toutefois mettre en place une direction bicéphale : Gérard Lamarche et Ian Gallienne. Gérard Lamarche était le directeur financier d’Engie (ex-Suez). Les deux hommes, aux caractères très différents, réalisent la mutation de GBL. Leurs relations étaient, disait-on, peu amicales. Aucun des deux n’avait la réputation d’aimer partager le pouvoir. “Si nous ne nous étions pas entendus, cela n’aurait pas duré sept ans”, rétorque Ian Gallienne. A l’issue de l’assemblée du 23 avril, il sera seul maître à bord. Se sent-il l’envie d’être CEO pendant encore 20 ans, jusqu’à ses 68 ans ? “On verra. Si les actionnaires sont contents, pourquoi pas?”

Profil

23 janvier 1971: naissance à Boulogne-Billancourt.

1988 – 1992 : E.S.D.E. Bachelor of Arts in Business Administration, Major in Finance (Paris, France).

2002 : INSEAD – MBA.

1998-2005 : directeur des fonds de private equity Rhône Capital LLC à New York et Londres

2005: il crée le fonds de private equity Ergon dont GBL est actionnaire.

2012: nomination au poste d’administrateur délégué de GBL.

23 Avril 2019 : nomination comme CEO de GBL.

Hobbies – Fan du Real Madrid

Abonné à L’Équipe. Quand on interroge Ian Gallienne sur ses hobbies, il répond : “J’aime par-dessus tout passer du temps avec mes quatre enfants. Et j’ai une passion pour le foot, en particulier pour le Real Madrid”.

Mais ce n’est pas un sport qu’il pratique, contrairement au jogging et au golf.

Il aime tellement le sport que sa première lecture du matin est l’Équipe, avant celle du Financial Times !

En termes d’engagement sociétal, il se dit “porté sur ce qui touche à l’éducation”. Il est le cofondateur avec John-Alexander Bogaerts (patron du centre d’affaires B19) de l’École 19, qui offre une formation de codage gratuite à des jeunes de tous horizons. “C’est peut-être la chose dont je suis le plus fier”, commente-t-il.